Elle est la première intellectuelle maghrébine, à rendre aux femmes musulmanes la réelle place qu’elles ont occupée dans l’espace publique musulman du temps du vivant du prophète Muhammad. Avec minutie, rigueur, efficacité et enjouement, F. Mernissi dénonce le discours dominant de l’Islam qui cherche à réduire le rôle politique de ces femmes à la seule sphère privée.
Fatima Mernissi (née en 1940), d'origine Marocaine, est une féministe, sociologue et écrivaine de renom. Elle est militante des droits des femmes dans son pays, elle fonde les «Caravanes civiques» et le collectif « Femmes, familles, enfants ». Elle est aussi membre du Groupe des Sages sur le dialogue entre les peuples et les cultures de l’Union européenne.
Elle est actuellement professeure de sociologie à l’université Mohammed V de Rabat. Elle a publié des ouvrages sur les femmes dans les sociétés arabo-musulmanes et dans lesquelles elle développe une critique inédite des discours islamiques quant au statut des femmes. Se revendiquant féministe, à la quête insatiable, elle est parmi les nouveaux penseurs de l’islam qui n’hésitent pas à critiquer d’une manière rigoureuse et corrosive la société musulmane.
Dès son premier ouvrage, Sexe, idéologie, Islam, la place des femmes est au cœur de sa recherche. Dans son second essai Le harem politique, Fatima Mernissi remonte aux origines de la société musulmane et met en avant, à travers une enquête minutieuse, rigoureuse, comment le pouvoir masculin, fort de ses biographes, a évincé de l’histoire officielle le rôle politique joué par les femmes. C’est une œuvre magistrale autant qu’originale: Mernissi démontre de l’intérieur comment et pourquoi les femmes musulmanes sont minimisées dans leur rôle politique, aussi bien du vivant du prophète qu'après sa mort.
Considérée comme l’une des plus grandes intellectuelles arabes, Fatima Mernissi questionne les problématiques des femmes maghrébines dans une dialectique efficace sans épargner les femmes européennes et leur fameuse «liberté». Car Mernissi pose la question: celles-ci ne sont-elles pas également piégées par une forme «d’harem mental» qui restreint et hypothèque leur liberté et leur bien-être?
Son roman autobiographique Rêve de femmes, récit d’enfance construit autour de la répartition de l’espace, religion, hammam, etc. que Fatima Mernissi nous invite à pénétrer dans l’univers féminin du harem. Un harem désormais débarrassé de l’attirail orientaliste cher aux Européens. Dans le contexte d’une globalisation dominée par les Occidentaux, Mernissi ne cesse d’interroger les trajectoires des femmes maghrébines, en la confrontant avec celles des Européennes. Avec une dialectique salutaire, elle adresse une critique à l’endroit des Occidentaux orientalistes qui continuent encore à fantasmer des harems lieux à leurs yeux sensuels et sexuels. Un fantasme loin de la réalité que Mernissi décrit avec brio dans un grinçant petit essai: «Etes-vous vacciné contre le harem?»
"Les Européens nous disent qu'ils sont modernes, mais ils rêvent de harem comme les pires des despotes de l'âge des cavernes".
Bibliographie